Ice Memory : ils vont sauver la mémoire des glaciers

Publiée le 16 janvier 2020

Ice Memory, c'est un projet scientifique hors du commun, né à Grenoble, qui vise à conserver la mémoire des glaciers en stockant au Pôle Sud des milliers d’échantillons prélevés sur les glaciers du globe.

Les scientifiques du projet Ice Memory procéde à un carottage sur un glacier

9 600 milliards de tonnes de glace, c’est la totalité de ce qu’ont perdus les glaciers de la planète depuis 50 ans, en raison du réchauffement climatique. Une perte considérable qui a déjà entrainé une élévation du niveau des mers de 2,7 cm. Mais ce drame a une autre conséquence, moins visible : la disparition d’une partie des archives du climat. En effet, les glaciers, comme les pôles, constituent un terrain de recherche sur le climat incomparable. Formés par l’accumulation de couches de neige transformée en glace, ils renferment une masse gigantesque d’information sur le climat des 20 000 dernières années. La glace, c’est de l’eau et des impuretés : poussières, particules diverses… Autant d’éléments qui, analysés, décrivent l’histoire de notre atmosphère : variations de la température, concentration des gaz à effet de serre, polluants… On y lit comme à livre ouvert.

Face à cette situation désespérante pour les glaciologues, ceux-ci ont décidé de sauver ce patrimoine en imaginant un projet incroyable : conserver cette mémoire menacée en stockant au Pôle Sud des milliers d’échantillons prélevés sur les glaciers du globe.

Demain, de nouvelles découvertes à faire dans la glace

Un projet né en 2014 à l’institut de Géosciences de l’environnement de Grenoble, sous l’impulsion des glaciologues Patrick Ginot et Jérôme Chapellaz, rapidement rejoints par leur confrère Carlo Barbante de l’université de Venise. « La glaciologie, explique Patrick Ginot, est une science relativement jeune, à peine 60 ans. Demain, les scientifiques disposeront de moyens leur permettant d’aller beaucoup plus loin dans l’analyse de cette glace. Nous pouvons ainsi imaginer qu’ils sauront identifier des traces de bactéries, ce que nous ne pouvons pas encore faire. » En mesurant l’évolution dans le temps de ce matériel, la glaciologie pourrait ainsi apporter beaucoup à la science médicale. Et à bien d’autres domaines de recherche…

Soutenus dès l’origine par la Fondation de l’UGA, qui porte le projet, et par la Fondation du Prince Albert de Monaco, l’initiative séduit rapidement. Après un premier forage expérimental sur le glacier du Dôme (massif du Mont Blanc), la consécration vient en 2017, lorsque l’Unesco accorde son patronage, soudant autour de l’équipe originale la communauté scientifique internationale.

Un patrimoine sous gouvernance internationale

Concrètement, le projet consiste à aller forer une vingtaine de glaciers répartis sur le globe, pour prélever sur chaque site au moins deux carottes de glaces d’environ 100 m de long, par morceaux d’un mètre environ. Au total, ce sont 200 cylindres de glace de 15 cm de section que les scientifiques et leurs équipes doivent extraire. Sur les deux carottes, l’une est analysée, les données étant « partagées avec l’ensemble de la communauté scientifique internationale », l’autre est précieusement conservée (dans l’agglomération grenobloise), en attendant d’être envoyée à partir de 2020 pour stockage définitif, à la base franco-italienne Concordia. Là-bas, une température moyenne de -54°C leur assurera un lieu de stockage idéal, sous gouvernance internationale, « pour des centaines d’années ».

Les scientifiques du projet Ice Memory procède à un carrotage sur un glacier.