Les enfants de Gratianopolis retrouvés rue de la République

Publiée le 10 juillet 2019

Dans le cadre des travaux d’aménagement de Cœurs de ville/Cœurs de Métropole, des fouilles archéologiques préventives ont permis de mettre au jour des tombes et des squelettes datant du 13e siècle.

Grenoble-Alpes Métropole (photographie réalisée avec le concours de l'INRAP).

Ils étaient là, sous nos pieds, sans doute depuis la fin du 13e siècle. Invisibles et oubliés. Quand on les a enterrés ici, la rue de la République n’existait pas. Grenoble ne s’appelait pas encore Grenoble mais Gratianopolis. D’ailleurs, ce qui représente aujourd’hui le cœur de la Métropole – grosso modo la place Grenette et les rues alentour - ne ressemblait pas du tout à ce que l’on connait désormais. Se dressait à cet endroit un couvent dirigé par l’ordre des Dominicains, un ordre fondé au 13e siècle par Dominique de Guzman. Une église, un cloître et quelques bâtiments annexes.

Un pan de cette histoire est apparu il y a quelques jours lors des fouilles préventives menées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) rue de la République. Une artère aujourd’hui en plein chantier. En effet, la Métropole a lancé il y a quelques mois la démarche Cœurs de ville/Cœurs de Métropole pour améliorer la qualité des espaces publics, offrir davantage de place aux piétons, aux cyclistes et aux transports en commun, et renforcer l'attractivité touristique et commerciale des centres-villes des communes. Huit communes de l’agglomération, dont Grenoble, se sont ainsi lancées dans des travaux d’aménagements.

La plupart des chantiers sont aujourd’hui terminés ou en voie de finalisation. La place Grenette a été rénovée en 2018. D'ailleurs, les travaux ont permis d'exhumer une urne funéraire datant du 3e siècle, à l’époque où Grenoble s’appelait Cularo. Le nouveau boulevard Agutte-Sembat vient d’être inauguré et le secteur Brocherie-Chenoise va l’être vendredi 12 juillet. Reste, dans l’hyper centre-ville, la rue de la République où le chantier est suspendu aux investigations de l’INRAP. « On mène des fouilles préventives quand il y a des projets de planter des arbres notamment, explique l’archéologue Franck Gabayet. Cela peut impacter les sous-sols puisqu’il faut creuser des trous de trois mètres sur cinq et profond de 1,20 mètre ».

Chapelles funéraires

Voir l'image en grand
Grenoble-Alpes Métropole (photographie réalisée avec le concours de l'INRAP).
En creusant quelques centimètres sous le bitume, les agents de l’INRAP ont mis à jour des portions de murs très anciens. Ils ont aussi découvert des tombes, une quarantaine au total, avec de nombreux squelettes, en bon état de conservation. Qui étaient ces hommes, ces femmes et ces enfants enterrés là ? Difficile, pour l’instant, de le dire avec certitude. Reste les hypothèses.

« Nous pensons avoir trouvé une partie des murs côté sud de l’église des Dominicains, souffle Franck Gabayet. Or, on sait que des Dominicains se sont fait enterrer dans leur église. Cela devait donc être ici. On sait également que, par la suite, des habitants fortunés disposaient de chapelles funéraires privées dans l’église pour s’y faire enterrer ».

L’église des Dominicains a été détruite pendant la guerre des religions qui a frappé le Dauphiné au 16e siècle, avant d’être reconstruite « un peu plus au sud ». Mais visiblement, l’endroit a continué de servir de cimetière. Un cimetière un peu particulier puisque aucune trace de cercueil n’a été retrouvé, ni aucun objet accompagnant habituellement les défunts comme les chapelets. Autre détail troublant : le nombre élevés d’enfants enterrés. « On savait qu’il y avait des tombes dans ce coin-là mais on ne savait pas qui ils étaient. Maintenant, nous allons analyser ces squelettes et tenter d’en savoir un peu plus sur eux ».

Pendant que les archéologues poursuivront leur travail de recherche en laboratoire, les travaux d’aménagements de la rue de la République, eux, devraient reprendre la semaine prochaine et se terminer avant la fin de l’année.