Comment la Métropole rénove et sécurise ses ouvrages d’art

Publiée le 1 mai 2019

La Métropole gère plus de 1600 ouvrages d’art transférés par ses 49 communes en 2015 et par le Département en 2017. Depuis ces transferts, elle s’attèle à un vaste chantier de recensement, de renforcement voire de reconstruction de ces ponts, passerelles et murs de soutènement dont certains ont été diagnostiqués comme préoccupants, voire dangereux.

Passerelle Saint-Laurent à Grenoble, pont Bergonzolli à Saint-Martin-le-Vinoux, mur de soutènement de la Villa Rose à Séchilienne… Depuis 2 ans, de nombreux chantiers ont été entrepris par la collectivité : 19 ouvrages ont été mis en sécurité ou reconstruits à la fin de l’année 2018 et la rénovation de 11 autres est d’ores et déjà programmée pour cette année. Autant de chantiers indispensables à la sécurité des déplacements des habitants de la région comme de ses visiteurs, qui se traduisent par un entretien et une surveillance continus.

En toile de fond, la catastrophe de Gênes...

©Grenoble-Alpes Métropole / Lucas Frangella De gauche à droite, Jean-Luc Corbet, maire de Varces-Allières-et-Risset, Christophe Ferrari, président de la Métropole et Ludovic Bustos, vice-président de la Métropole en charge de la voirie.

« En août 2018, nous avons tous été bouleversés par l’effondrement du pont Morandi de Gênes du fait du non entretien de cet ouvrage et de la non reconnaissance du travail des experts », rappelle Christophe Ferrari, président de la Métropole. « Or nous pouvons, sur notre territoire de montagne parcouru par deux grandes rivières, où le risque sismique n’est pas écarté et où le changement climatique provoque des événements extrêmes de plus en plus fréquents, connaître la même catastrophe si nous ne prenons pas soin de nos ouvrages. C’est un sujet essentiel de sécurité, d’enclavement pour certain, de mobilité, mais aussi d’attraction, de développement économique, et de qualité de vie dans notre territoire ! ».

Une Mission d'information lancée par le Sénat

Au niveau national, 3 mois après cet incident en Italie, le Sénat créait une Mission d’information sur la sécurité des ponts afin d’évaluer les modalités de surveillance et d’entretien de ces ouvrages gérés par l’État et les collectivités territoriales. Dans ce cadre, la Métropole grenobloise faisait partie de la douzaine d’interlocuteurs auditionnés par le Sénat pour faire part de son expérience sur le terrain et formuler des pistes de réflexion. Parmi celles-ci, la Métropole a insisté sur :

  • La nécessité d’un soutien financier de l’État pour rattraper le retard en termes de connaissances, d’entretien, de surveillance et de réparation voire de reconstruction des ouvrages d’art en péril ou orphelin,
  • L’évolution des cahiers des charges de concessions autoroutières ou ferroviaires pour que les charges de surveillance, d’entretien et de réparation des ouvrages de rétablissement construits par le passé par ces acteurs leur soient imputées,
  • Enfin la nécessaire vigilance à avoir quant à la formation aux métiers du secteur, sur la disponibilité et la qualification des agents publics et salariés des bureaux d’études et entreprises concernées.

©Grenoble-Alpes Métropole / Lucas Frangella Reconstruction et élargissement du pont Bergonzolli à Saint-Martin-Le-Vinoux.

Identifier et sécuriser les ouvrages les plus dégrader

Mobilisée dès 2015 pour inventorier le nombre de ses ouvrages d’art et identifier leur état de santé, la Métropole comptabilisait quelque 1600 ouvrages en 2017 dont la domanialité était inconnue pour beaucoup d’entre eux, sans compter que la plupart n’avaient pas fait l’objet d’un suivi conforme aux obligations règlementaires.

Le résultat de ce travail a permis à une soixantaine de ces ouvrages d’être identifiés dans un état allant de « dégradé » à « en péril », nécessitant des mises en sécurité immédiates (limitation voire interdiction du trafic). « On s’est rendus compte que plusieurs ouvrages avaient des pathologies avancées », témoigne Ludovic Bustos, vice-président de la Métropole en charge de la voirie. « Nous avons tout de suite décidé d’établir une délibération cadre pour fixer une ligne directrice nous permettant d’établir une surveillance et une fiche d’identité pour chacun de nos ouvrages ». Un consensus du conseil métropolitain a été obtenu pour les mettre en sécurité.

Plus de 20 millions d'€ investis en deux ans

Entre 2018 et 2020, la Métropole a donc pris la décision d’investir 2,6 millions d’euros pour la surveillance et l’entretien de ces édifices, ainsi que 20 millions d’euros pour les opérations de réparation ou de renouvellement des ouvrages en péril, dont 10 millions d’euros uniquement pour la trentaine d’ouvrages qui font actuellement l’objet d’une surveillance renforcée ou d’une restriction de la circulation.

Par ailleurs, pour rattraper le retard accumulé, les moyens humains dédiés aux inspections ont été renforcés avec un doublement des équipes en 3 ans et un recours à des renforts externes : au total, ce sont plus de 100 inspections détaillées qui sont réalisées chaque année et qui révèlent chaque fois de nouveaux ouvrages en péril.

De nouveaux critères pour encadrer la maintenance des ouvrages

Enfin, le nombre important de ces ouvrages en péril a conduit la Métropole à établir une règle claire qui fixe les priorités d’intervention en fonction de nouveaux critères. À savoir :

  • Le niveau d’enclavement et l’ampleur des déviations occasionnées par une fermeture de l’ouvrage ;
  • Le niveau de trafic sur l’ouvrage (inférieur à 1000 véhicules par jour/ compris en 1000 et 5000 / supérieur à 5000) ;
  • Les enjeux de desserte, notamment s’agissant d’équipements publics majeurs (hôpitaux, etc…), de lignes de transports en commun, d’itinéraires de secours et convois exceptionnels ;
  • La prise en considération des subventions éventuellement mobilisables.

L’application de ces différents critères adoptés à l’unanimité par le conseil métropolitain du 5 avril dernier, permet désormais aux équipes métropolitaines de prioriser dans le temps leurs interventions puisque chaque ouvrage est désormais classé en 3 niveaux de priorité :

  • Travaux devant être engagés dans les 12 mois ;
  • Travaux devant être engagés sous 12 à 24 mois ;
  • Travaux devant être engagés dans les 3 à 5 années à venir.

"Des réponses techniques et financières adaptées"

« Je suis dans une commune où, sur les 1600 ouvrages d’art de la Métropole, j’en ai une dizaine qui nécessite de vrais travaux », témoigne à son tour Jean-Luc Corbet, maire de Varces-Allières-et-Risset. «Trop souvent, ces passerelles et ses ponts que la géographie de nos communes nous imposent, ont été des variables d’ajustement dans nos budgets. Le transfert de compétence de ces ouvrages des communes vers la Métropole nous a donc permis d’apporter des réponses techniques et financières adaptées : on est passé d’un suivi à l’œil à des mesures qualifiées que seule la Métropole peut mettre en place en urgence ! ».