Transition énergétique : la start-up Sylfen carbure à l’hydrogène

Publiée le 14 avril 2017

Sylfen a été récompensée pour son système de stockage innovant pour l’énergie renouvelable. La société grenobloise fait partie de cette filière de l'hydrogène qui se développe à vitesse grand V.

©Grenoble-Alpes Métropole/ Guillaume Rossetti La filière hydrogène trouve des applications sur les bâtiments mais aussi les moyens de transport.

La région grenobloise était à l'honneur lors de la remise des prix Le Monde-Smart Cities qui récompensent des projets innovants améliorant la vie urbaine (énergie, habitat, mobilité, participation citoyenne et action culturelle). En plus de la démarche Chrono en marche! distinguée par le prix de la participation citoyenne, la petite PME grenobloise (une dizaine de salariés) Sylfen a reçu celui de l'énergie.

Créée en 2015 par deux « anciens » du CEA, Caroline Rozain et Nicolas Bardi, cette start-up propose un système capable de stocker de l'énergie renouvelable et de la restituer lors des pics de consommation. Baptisée Smart Energy Hub, cette solution, qui associe l'hydrogène aux batteries traditionnelles, a fait l'objet de 10 ans de recherche au CEA et de 22 brevets d'application dont Sylphen possède la licence exclusive au niveau mondial.

Concrètement, il s'agit d'un « électrolyseur réversible » combinant la « puissance » et la « réactivité » des batteries et la capacité de stockage et de production de chaleur de l'hydrogène. Selon ses concepteurs, Smart Energy Hub permet de rendre un bâtiment (ou un ensemble) indépendant du réseau électrique traditionnel - qui fonctionne, lui, à l'énergie fossile.

Un écosystème de start-up

Pour livrer ses deux premiers prototypes en Ile-de-France et à la Rochelle, Sylfen est en train de boucler une levée de fond de trois à quatre millions d'euros. Mais la start-up aimerait bien implanté, d'ici deux ans, une première solution « commerciale » dans la région où elle est née. « On a quelques idées mais on cherche encore des partenaires », indique Nicolas Bardi.

La Région Auvergne-Rhône-Alpes est très intéressée par le développement de la filière hydrogène puisqu'elle concentre 80% des acteurs français du secteur. Des centres de recherche d'envergure internationale sont implantés sur le territoire de la Métropole grenobloise comme le CEA LITEN (Laboratoire d'innovation pour les technologies des énergies nouvelles et les nanomatériaux), le LEPMI (Laboratoire d'électrochimie et de physicochimie des matériaux et des interfaces), le pôle de compétitivité sur les énergies renouvelables Tenerrdis, ou encore Air Liquide, leader mondial des gazs pour l'industrie.

Autour de ces « locomotives » s'est constitué un écosystème de start-up et de PME, comme McPhy, Atawey, SymbioFCell ou Sylfen, qui travaillent à de nouvelles solutions de production, de stockage et de conversion de l'hydrogène. « Cette filière présente un double intérêt environnemental, souligne Fabrice Hugelé, vice-président de la Métropole en charge de l'économie, puisqu'elle permet de produire une énergie décarbonée, et économique car elle crée de l'emploi et de la richesse ».

Un Kangoo hybride

Comme d'autres collectivités, Grenoble-Alpes Métropole suit de près son évolution et encourage son développement. En 2014, elle a adhéré au projet HyWay financé par l'ADEME, la Région Auvergne-Rhône-Alpes et l'Union Européenne. Celui-ci prévoit le déploiement d'une cinquantaine de véhicules utilitaires hybrides (batteries et hydrogène) à Grenoble et Lyon. La Métropole a ainsi acheté un Kangoo, équipé d'un prolongateur d'autonomie à hydrogène fabriqué par SymbioFCell, implantée à Fontaine.

La seconde phase du projet, qui a été lancée à l'occasion des Journées hydrogène dans les territoires organisées à Grenoble en juin 2016, prévoit notamment de déployer de nouveaux véhicules fonctionnant sur ce mode hybride : bus, bennes à ordures, camions de livraisons, chariots élévateurs... « On est en train de regarder tout ça mais l'idée, c'est de multiplier les démonstrateurs d'une utilisation concrète », conclut Fabrice Hugelé.