Le Synchrotron de Grenoble : 30 ans et bientôt une 4e génération

Publiée le 27 novembre 2018

C’est un outil mondialement connu qui accueille des milliers de scientifiques et fait de Grenoble un des pôles mondiaux de l’innovation : le synchrotron fête ses 30 ans et se modernise.

Thierry Chenu Le synchrotron est situé sur la Presqu'île de Grenoble.

Trente ans de recherche… Et de découvertes. Tente ans aussi de collaboration scientifique internationale. Le synchrotron (European synchrotron radiation facility) a fêté le 27 novembre ses 30 ans d’existence. L’accélérateur de particules européen est né officiellement en 1988 à Paris avec la signature d’une convention entre plusieurs pays européens. En trois décennies, l’équipement est devenu une référence mondiale en matière de recherche scientifique.

Avec son anneau de 844 mètres, l’ESRF permet d'explorer la matière et le vivant à l'échelle de l'atome. Autrement dit, il rend visible l’invisible. Et permet de percer de nombreux mystères. Comme celui de ce crâne vieux d'1,5 million d'années et découvert au début du 20e siècle. Après examen, il appartenait à l’Acinonyx pardinensis, un guépard géant d'Eurasie. Ou ce petit dinosaure de la famille des vélociraptors, vivant en Mongolie il y a environ 75 millions d'années. La drôle de bestiole ressemblait… À un cygne carnivore.

La Joconde aux rayons X

Les applications du synchrotron ne s’arrêtent pas à la paléontologie. L'ESRF a permis, par exemple, de mieux comprendre le sfumato, une technique utilisée par de grands peintres comme Léonard de Vinci qui permet de rendre les contours imprécis et vaporeux. En examinant La Joconde aux rayons X, les scientifiques ont compris que le maître italien avait utilisé ses doigts pour passer des dizaines de couches de vernis sur sa toile.

En 30 ans d’existence, l’ESRF a permis une production scientifique pléthorique : 32 000 publications soit 2000 publications par an, faisant de Grenoble la 5e ville la plus innovante au monde selon le magazine Forbes. Plusieurs lauréats du Prix Nobel ont utilisé le Synchrotron pour mener à bien leurs recherches comme Bria Kobilka, Robert Lefkowitz, Venki Ramakrishnan, Ada Yonath, Thomas Steitz ou encore Roderick MacKinnon.

Une métropole à la pointe de l'innovation

Chaque année, l’équipement reçoit environ 10 000 visites scientifiques - des chercheurs venus du monde entier. « La force d’une grande installation de recherche internationale est de réaliser des projets qui ne seraient pas possible à l’échelle d’un seul pays, indique Venki Ramakrishnan dans un communiqué. Grâce à son modèle de gouvernance, l’ESRF a réuni des scientifiques de haut niveau de différents pays, suscitant par là-même de nombreuses idées novatrices ».

Mis en pause jusqu'en 2020

Le modèle de l’ESRF est unique, en effet, par le nombre de pays partenaires. Au départ, le projet était financé par 11 pays européens. Aujourd’hui, l’instrument compte 22 pays associés, d’Europe et d’ailleurs (Israël, Russie, Inde, Afrique du Sud…). « L’ESRF continue de démontrer le rôle fédérateur que peut jouer la science, au-delà de toutes frontières, pour relever les défis complexes auxquels nos sociétés sont confrontées », souligne Francesco Sette, directeur général du Synchrotron.

Pour fêter ses 30 ans, le synchrotron a décidé de changer de peau. Le 10 décembre, l’anneau de 844 mètres « sera mis en pause » puis démantelé pour être remplacé par un synchrotron de 4e génération « à haute énergie », baptisé Extremely Brilliant Source. « Avec des performances multipliées par 100, EBS permettra aux scientifiques d’examiner des matériaux complexes au niveau atomique avec plus de précision et avec une meilleure qualité et rapidité d’analyse ». Ce nouveau synchrotron sera mis en service en 2020.

Aux racines du dynamisme grenoblois