Réchauffement climatique : « On peut encore agir »

Publiée le 14 novembre 2018

Après la canicule et la sécheresse cet été, des températures exceptionnellement douces cet automne (plus de 20 °C à Grenoble). Selon Thierry Lebel, directeur de recherche de l'Institut des géosciences de l'environnement de Grenoble, cette hausse des températures devrait s'accentuer. À moins que...

Lucas Frangella/Grenoble-Alpes Métropole

Où en est-on du réchauffement climatique dans les Alpes ?

La température moyenne de la planète à l’ère préindustrielle était de 14,8 °C. Le réchauffement, tel qu’on le connait aujourd’hui, c’est un degré supplémentaire. Nous sommes donc à 15,8°C. Mais dans les Alpes, c’est 1,8°C supplémentaire.

Pourquoi cette différence ?

D’une manière générale, la hausse de température est plus élevée sur les continents que sur les océans, qui se réchauffent moins que les roches ou les sols. Mais attention le réchauffement n’est pas uniforme entre les saisons. La hausse actuelle des températures est plus marquée l’été que l’hiver. Pour Grenoble qui connaît déjà des canicules estivales, ce n’est pas une bonne nouvelle.

D’ailleurs, cette année, la température dans la région grenobloise a été supérieure à 25°C pendant 122 jours alors que la moyenne se situe à 95 jours…

Voir l'image en grand Lucas Frangella/Grenoble-Alpes Métropole Thierry Lebel, directeur de recherche à l'Institut des géosciences de l'environnement de Grenoble.Avant 2018, il y avait déjà eu 2003, une vague de chaleur exceptionnelle qui n’avait jamais été observée. À l’époque, on estimait que l’occurrence de ce genre de phénomène était d’une fois tous les 100 ans. Dans un climat plus chaud, c’est-à-dire celui qui est prévu à la fin du siècle, ces vagues de chaleur pourraient se produire tous les 5 à 10 ans.

À quoi doit-on s’attendre ?

Il faut s’attendre à des vagues de chaleur à plus de 35°C pouvant durer deux mois. Il faut aussi s’attendre à des pics ponctuels à 40°C (…). Et ce n’est pas tout. Car si ces augmentations de température ne sont pas uniforme dans l’année, elles ne sont pas uniformes non-plus dans la journée. Le réchauffement est plus sensible la nuit que le jour. Or, le confort thermique nocturne est très important pour la récupération. Au-delà de 25 ou 26°C, la récupération se fait mal et si cela dure plusieurs jours, les enfants et les personnes âgées vont en souffrir particulièrement (…). On voit ainsi qu’un chiffre global, comme 2°C qui est la cible des accords de Paris, peut cacher de grandes disparités régionales et saisonnières, avec des hausses qui pourraient atteindre 4 à 5°C dans certains cas.

Vous avez signé en septembre un appel dans Libération avec 700 scientifiques pour demander aux « décideurs politiques » d’agir. Qu’attendez-vous d’eux ?

La communauté scientifique a fait son travail. Elle a produit de la connaissance, elle l’a diffusée et elle a mis en place le GIEC* il y a 30 ans. Et cela a porté ses fruits puisqu’il y a eu les accords de Paris. Malheureusement, aujourd’hui, notre trajectoire n’est pas la bonne et si nous continuons ainsi, nous ne respecterons pas nos engagements. Il faut aller plus loin.

Que feriez-vous si vous étiez un « décideur politique » ?

Même s’il existe d’autres gaz à effet de serre, l’ennemi principal, c’est le CO2. On connait très bien les quantités de CO2 émises par les logements, les transports, l’industrie, etc. Donc, on sait très bien où il faut agir. Pour diminuer les émissions liées au chauffage par exemple, il faut lancer des programmes d’isolation. À Grenoble d’ailleurs, il y a des choses de faites. On est même en pointe sur ce sujet avec des dispositifs comme Mur Mur. Mais il y a aussi les transports qui représentent environ 40% des émissions de CO2. Et là, l’impératif est clair : il faut baisser le niveau d’utilisation de la voiture. La moitié des trajets du quotidien font moins de deux ou trois kilomètres. On peut donc agir à ce niveau-là. Après, comment le faire ? Faut-il manier la carotte ou le bâton ? Ce n’est pas simple car il peut y avoir des arbitrages difficiles dans nos modes de vie. Mais si vous savez l’expliquer et le justifier, je suis persuadé que les citoyens sont capables de l’entendre.

*Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat