Cyclisme : le Criterium, Thevenet et la bise de Dalida

Publiée le 7 juin 2018

Pour sa 70e édition, et après 4 ans d’absence à Grenoble, le Critérium du Dauphiné (du 3 au 10 juin) revient dans sa ville historique pour le départ de sa 5e étape, ce vendredi 8 juin à 12h45, boulevard Clémenceau. Rencontre avec Bernard Thevenet, son directeur, qui par 6 fois en a gravi les marches !

©ASO-A.Broadway

Le Critérium est né en 1947. Vous, en 1948. Vous avez donc quasiment le même âge et l'avez remporté 2 fois de suite, à 27 et 28 ans... Quels souvenirs en gardez-vous ?

Le Critérium a toujours été une épreuve importante pour moi. Tout a commencé au début des années 60, alors que le journal Le Dauphiné Libéré venait de se lancer dans la couverture médiatique du département de Saône-et-Loire, où je suis né, et où je commençais tout juste à courir. Le journal avait réalisé un film sur le Critérium et c’est ainsi que j'ai pu voir pour la première fois les plus grands champions à l’œuvre : Anquetil, Poulidor ou encore Bahamontès. Ma première participation, en 1970, fut une catastrophe car j’avais une bronchite. Mais l’année suivante, à 23 ans, alors que le Critérium s'achevait à Monceau-les-Mines, à 30 km de chez moi, j'ai terminé 3e derrière Merckx et Ocana, mais devant Poulidor ! C'est à partir de là que l'on m'a prédit un bel avenir sur les courses à étapes. Ce qui s'est avéré par la suite, particulièrement sur le Critérium, où j'ai réussi à devenir recordman des podiums avec deux victoires, trois 2e places et une 3e. Cette 3e place à 23 ans figure en bonne place parmi mes meilleurs souvenirs, ainsi que l'étape de la Chartreuse, en 1975, lorsque je gagne à Grenoble et prends le maillot de leader, avec en prime la bise de Dalida sur le podium ! Mais il y a aussi l'échappée magistrale avec Luis Ocana en 73, avec La Croix de Fer, le Télégraphe et le Galibier où nous rejetons le 3e coureur à 10 mn et le peloton à plus d'une demi-heure !

En quoi le Critérium reste-t-il une course prestigieuse pour les coureurs et les spectateurs ?

C’est certainement la plus grande course à étape du calendrier français après le Tour de France. Ses principaux atouts résident dans le relief de la région, qui offre des parcours variés allant du plat à la haute montagne. Le fait qu’il soit organisé à quelques semaines du Tour de France offre souvent de beaux spectacles puisqu’il permet aux équipes et à leurs leaders de se tester, de se rassurer, voire d’affirmer leur suprématie. C’est d’ailleurs là que certains équipiers gagnent leur sélection pour la Grande Boucle ! L'an dernier, sur les 10 premiers du Tour, 8 avaient participé au Critérium… Et pour les spectateurs, c'est la chance de voir de près une grande partie des meilleurs coureurs mondiaux puisque, contrairement au Tour, les supporters ont accès au “Parking bus” où se trouvent les champions.

Cette année, nous fêtons donc la 70e édition du Critérium. Après de longues années d'absence, il repasse par sa ville de cœur, Grenoble. Que va nous offrir cette 5e étape ?

Ce n’est pas un hasard si cette 70e édition passe par Grenoble, car c'est la ville historique du Critérium. Et je me réjouis que le projet ait été très bien reçu par la Ville et la Métropole de Grenoble. C’est un beau cadeau pour les sportifs et les supporters car le spectacle est gratuit. C’est aussi une opportunité pour le commerce local, puisque le Critérium va devoir loger environ 500 personnes ! Durant cette 5e étape au départ de Grenoble, on empruntera rapidement des routes très connues des cyclogrenoblois, notamment sur les magnifiques balcons de Belledonne et puis on redescendra pour une bonne partie de plaine favorable à une échappée au long cours, et enfin pour un final de 13 km à 7% vers Valmorel, qui va rudement solliciter les grimpeurs. Il y a 4 ans, elle avait déjà donné lieu à de belles bagarres !