Chancre coloré : cette maladie incurable qui attaque nos platanes

Publiée le 13 février 2018

Alors que la Métropole prévoit l'abattage de 19 platanes (qui seront remplacés par d'autres essences) le long du cours de la Libération et du Général de Gaulle, après que l'un d'eux a été testé positif au chancre coloré, Aude Simien, responsable pôle surveillance du territoire au sein de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Rhône-Alpes nous en dit plus sur cette maladie incurable et hautement contagieuse. Interview

©Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Rhône Alpes (FREDONRA) Le Chancre coloré est un champignon appelé Ceratocystis platani qui touche uniquement les platanes et provoque leur mort

1 - Tout d'abord, qu'est-ce-que le Chancre coloré. D'où vient-il ? Comment le reconnaît-on ? Et peut-il s'attaquer à d'autres arbres que le platane ?

Le Chancre coloré est une maladie incurable qui touche uniquement les platanes et provoque leur mort. Elle est causée par un champignon appelé Ceratocystis platani qui est classé parasite de lutte obligatoire, ce qui signifie qu’il n’existe pas de solutions curatives et que le signalement de tout sujet contaminé ainsi que la mise en place de mesures de lutte (abattage des arbres) sont obligatoires en tout lieu et en tout temps. Le champignon responsable de cette maladie est en effet très virulent et est classé "danger sanitaire de 1re catégorie au titre de l'arrêté du 15 février 2014, ce qui explique le caractère obligatoire de la lutte. Cette maladie a vraisemblablement été introduite en France à la fin de la seconde guerre mondiale par le débarquement d’une caisse de munition originaire d’Amérique du Nord. Signalée pour la 1ère fois à Marseille en 1945, cette maladie est réellement identifiée dans les années 70. Elle s’est propagée depuis dans plusieurs régions du Sud de la France et est responsable de la mort de plusieurs milliers de platanes. Son arrivée sur le territoire rhônalpin remonte au début des années 90. Un platane malade se reconnaît à plusieurs caractéristiques : dépérissement d’une partie de l’arbre, colorations bleues-violacées en forme de flamme, et une écorce qui se craquelle en forme de puzzle et reste adhérente au tronc. Sur un arbre abattu, des stries noires caractéristiques sont visibles sur la coupe.

Les colorations bleues-violacées en forme de flamme sur le tronc de l'arbre font partie des symptômes de la maladie.

2 - Quelle est la situation dans la Métropole grenobloise ? Beaucoup d'arbres sont-ils atteints ? En quoi l'opération prévue à Grenoble est-elle justifiée ? Est-elle exceptionnelle ?

Un arbre contaminé par la chancre coloré du Platane a été détecté à l’automne 2017 sur le Cours de la Libération et du Général de Gaulle à Grenoble. Cet arbre a fait l’objet d’une analyse en laboratoire qui a confirmé la présence du champignon. Cette maladie est règlementée par l’arrêté ministériel du 22 décembre 2015 qui précise que tout platane se situant dans les 35 mètres d’un arbre contaminé par le chancre coloré (zone infectée) doit faire l’objet d’un abattage préventif. En effet, le champignon peut facilement se propager d’un arbre à un autre, via leurs racines. À Grenoble, 18 arbres se trouvent dans le périmètre des 35m de l’arbre contaminé, ce qui porte à 19 le nombre de platanes qui seront abattus cours de la Libération à partir du 19 février. Il s’agit d’une mesure obligatoire dans le cadre de la lutte contre cette maladie. L’abattage s’applique dès lors qu’un nouveau sujet contaminé est détecté et confirmé. Ainsi, la surveillance des platanes de la commune est nécessaire et chaque suspicion devra faire l’objet d’un signalement à la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de la région Auvergne-Rhône-Alpes (DRAAF)/ Service régional de l’alimentation (SRAL), et à la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Rhône-Alpes (FREDONRA).

3 - Y a-t-il un risque pour l'homme ? Et pour les arbres sains aux alentours ? Si oui, quelles sont les mesures à prendre durant le chantier de coupe pour circonscrire la propagation de ce champignon ?

Ce champignon n’est pas nocif pour l’homme ni pour les autres espèces d’arbre. Il est spécifique des platanes. Il se transmet de proche en proche par l’intermédiaire de facteurs climatiques (vent, pluie), ou d’interventions humaines, qu’elles soient sur l’arbre (taille, blessure de l’arbre liée à des supports) ou dans son environnement (terrassement, travaux de voirie, etc.). La présence de cours d’eau aggrave son pouvoir de contamination. Le transport de bois contaminé représente également un risque. Afin d’éviter toute introduction et/ou dissémination du champignon, des mesures préventives doivent donc être prises pour tout chantier sur ou à proximité de platanes, via une déclaration de travaux à la DRAAF. Concernant le chantier de Grenoble, les outils et engins de chantier seront nettoyés et désinfectés en début et fin de chantier, les outils d’élagage seront désinfectés entre chaque platane, les blessures suite à de l’élagage seront protégées et les débris végétaux seront récupérés et incinérés. Tout ce qui est susceptible de blesser un platane, comme de l’affichage (publicitaire, signalétique, etc.) sera proscrit.

4 - Après cet abattage, des arbres pourront-ils être replantés ?

Selon l’arrêté ministériel, il est interdit de replanter des platanes dans la zone infectée (zone des 19 platanes à abattre) pendant 10 ans après la dernière constatation de contamination dans cette zone. Néanmoins, il est tout à fait possible de planter d’autres essences à cet endroit.

> La Métropole étudie dès maintenant une nouvelle replantation afin de remplacer ces arbres dans les meilleurs délais.