General Electric : « Nous appelons encore une fois l’État à agir »

Publiée le 23 janvier 2018

Plus de 300 personnes se sont réunies lundi soir à l’Hôtel de ville de Grenoble pour discuter du plan social de General Electric et de l’avenir de l’hydroélectricité en France.

Lucas Frangella/GAM A La tribune, Vincent FRISTOT, Pdt de GEG, Eric PIOLLE, maire de Grenoble, Guillaume GONTARD, sénateur de l'Isère, Christophe FERRARI, Pdt de Grenoble-Alpes Métropole, Delphine BATHO, députée des Deux-Sèvres et Rosa MENDES, de l'intersyndicale GE.

Quel avenir pour la « houille blanche » ? Depuis l’annonce du plan social à General Electric en juillet 2017, l’ensemble du secteur de l’hydroélectricité est pris dans la tourmente. Né dans les montagnes grenobloises grâce à Aristide Bergès, l’activité a développé au fil des décennies un savoir-faire industriel unique et reconnu. Les machines hydrauliques sont devenues des objets de haute technologie répondant à des contraintes de flexibilité, de performance et d’endurance.

Ce n’est pas donc pas une technique vieillissante et obsolète que l’on imagine parfois. L’hydroélectricité, qui représente aujourd’hui 14% de la production d’électricité française, semble même essentielle pour appliquer les accords de Paris sur le changement climatique. Mais quand un des acteurs majeurs du secteur annonce la suppression de 343 postes, quel est son avenir ? Autrement dit, la transition énergétique est-elle possible sans l’hydroélectricité ?

Voir l'image en grand Lucas Frangella/GAMLundi soir, plus de 300 personnes ont assisté à l’Hôtel de ville à une soirée-débat organisée par l’Université populaire de Grenoble pour tenter de répondre cette question. Avec en toile de fond, le plan social à General Electric – dont une partie vient d’être refusée par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE).

Le contrôle des ressources

Tout démarre en juillet 2014 lorsque la branche énergie d’Alstom est vendue au groupe américain pour plus de 13 milliards d’euros. « On nous a présenté cette vente comme une bonne chose », se souvient aujourd’hui Rosa Mendes, membre de l’intersyndicale. « À l’époque, nous étions même optimiste », renchérit sa collègue Nadine Boux. Problème : le groupe américain rencontre au même moment d’énormes difficultés financières, et se trouve même menacé d’éclatement quelques mois plus tard.

Des usines sont d’abord fermées en Europe. Puis vient le tour du « village gaulois », ou plutôt grenoblois, et l’annonce du plan de suppression de plus de 300 postes qui ébranle toute la région. « À ce moment-là, nous sommes allés à Bercy et nous leur avons dit qu’il n’y aurait pas de transition énergétique sans l’hydraulique, poursuit Nadine Boux. Ils nous ont écoutés mais ils sont restés silencieux. Et ils le sont toujours ! Alors aujourd’hui, nous appelons encore une fois l’État à agir car il n’est pas trop tard ».

Voir l'image en grand Lucas Frangella/GAMSelon Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l’Écologie, ce dossier confirme au moins une chose : « Ce n’est pas la main invisible du marché qui fera la transition énergétique. Il est donc urgent de reprendre la main sur notre souveraineté énergétique ». Marie-Noëlle Battistel, députée de l’Isère, partage aussi ce constat. L’hydroélectricité reste, selon elle, « le réacteur de la transition énergétique. Si on ne garde pas la maîtrise publique de cet outil, on se prive de la capacité d’atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris ».

Après avoir rappelé que la transition énergétique constituait la « colonne vertébrale » de la Métropole depuis sa création en 2014, son président Christophe Ferrari a posé à son tour la question du « contrôle des ressources et des services publics » : « Tout ne peut pas être soumis à la marchandisation », a-t-il martelé. Avant de conclure : « Le développement de la filière économique liée à la transition énergétique passe d’abord par le sauvetage des 343 emplois directs et des milliers d’autres emplois indirects ».