Les Brûleurs de loups : l’histoire d’une jeune légende

Publiée le 17 janvier 2018

L’équipe des Brûleurs de loups (BDL), qui a changé de noms à plusieurs reprises, est aujourd’hui en tête de la ligue Magnus. Retour sur l’histoire d’un club né dans le parc Paul Mistral en 1963.

Vianney Thibaut

« Mes cousins suivent beaucoup le hockey et m’ont attiré un jour à la patinoire. Ca m’a tout de suite plu ! », se souvient Alexis Masella, le président du club de supporters les Irréductibles, qui a rencontré sa femme sur les bancs de la patinoire. « Depuis ses 3 mois, j’emmène aussi notre fille à Polesud », assure le jeune homme. Cette histoire passionnée n’est pas unique dans la vallée grenobloise. L’actuel président du club Jacques Reboh s’est tout autant reconnu dans les qualités du hockey : « Je ne suis pas fan par héritage, mais parce que j’ai fait une réelle analyse de ses valeurs », témoigne-t-il. S’il a pris ce rôle important au sein du club, c’est « avec l’idée de gagner des titres, et de chercher à susciter de l’émotion pour les spectateurs. » Présent depuis 15 ans parmi les partenaires du club, Jacques Reboh a vécu les années de creux, et jubile aujourd’hui de la place de n°1 des BDL en ligue Magnus. Mais au fait, comment le hockey a-t-il trouvé sa place dans les sports de référence en France et à Grenoble ?

Une odyssée longue de 54 ans

Retour en 1963. 1500 personnes sont rassemblées dans le parc Paul Mistral, tout près du “palais de la houille blanche”, édifice vieillissant datant de l’exposition universelle de 1925 (aujourd’hui disparu). Maurice Herzog, ministre alpiniste, a fait le déplacement pour inaugurer la patinoire Clémenceau, la deuxième de ce type en France. Financée par Philippe Potin — ex-patron d’un club de hockey parisien — la patinoire va accueillir le Grenoble Hockey Club. « On était jalousé par tous les clubs français, car, nous étions les seuls à avoir une patinoire privée où l’on pouvait s’entraîner quand on voulait », se souvient un ancien de l’équipe. Dans les valises de Philippe Potin, on trouve surtout Pete Laliberté, champion canadien devenu joueur et entraîneur mythique du Grenoble Hockey Club. C’est lui qui va organiser et structurer le club, recrutant les meilleurs.

Le demi-échec des JO

Quand, en 1968, Grenoble accueille les Jeux olympiques d’Hiver, la ville est prête pour le hockey puisque les matchs se disputent entre Clémenceau et le Palais des Glaces (devenu le Palais des Sports). Si les équipements sont au point, l’équipe française l’est moins : elle termine dernière après… cinq défaites. Malgré l’humiliation, l’événement a convaincu la population française et les patinoires poussent comme des champignons (à Reims en 1968 , Lyon en 1969…). Les journalistes ne sont pas en reste. Albert Fontaine, qui officie au Dauphiné Libéré, suit le club depuis ses débuts. Par ses articles enflammés, il va convaincre nombre de Grenoblois de se rendre à la patinoire. Il sera aussi le premier à évoquer le surnom de Brûleurs de loups dans un de ses papiers, en référence aux battues organisées au XIIIe siècle pour éradiquer les meutes envahissant le Dauphiné. Ce nom sera finalement choisi officiellement en 1992.

Une équipe moderne

L’épopée grenobloise aboutit au plus haut niveau sportif. Un spectacle qui a tout de suite séduit notre supporter Alexis Masella « par l’ambiance en tribune, et la fraternité entre supporters. » Grenoble peut surtout s’enorgueillir de son centre de formation. « Sans prétention, je pense qu’on possède la meilleure base », assure sans ciller Jacques Reboh en citant les dix jeunes joueurs passés par l’équipe nationale. Le sport a en tout cas de l’avenir puisque la patinoire Polesud, inaugurée en 2001, est en cours d’agrandissement. « On va créer 700 places debout, pour atteindre une jauge de 4200 personnes », achève le président des BDL. Une manière d’élargir l’enceinte aux Grenoblois, et d'augmenter encore la fréquentation, qui a atteint 100 000 personnes l’an dernier.

Fabien Baldino


 

Les BDL sauvent leurs business model

Depuis quelques années, le club était dans une position économique délicate, avec une dette de 700 000€. « Mon travail a été de purifier notre relation avec l’administration fiscale et d’échelonner cette dette sur trois ans », détaille Jacques Reboh, passionné par « cette PME, ses mécanismes et rouages qui sortent des standards de l’entreprise capitalistique classique. » Il assure pouvoir « construire un modèle économique stable, afin de gommer les aléas sportifs », et permettre ainsi une longue vie au BDL.