Aux racines du dynamisme grenoblois

La réussite de la région grenobloise est née dans les torrents des montagnes. Passée dans les conduites forcées, brassée par les turbines, démultipliée par l’électricité, améliorée dans les facs et les labos de recherche… Tout ce qui caractérise le dynamisme actuel du modèle économique grenoblois - l’innovation, la performance de la recherche, le rayonnement de l’université - est né des ressources procurées par la montagne. Plus précisément de l’eau et du bois

Et la houille blanche fut

L’histoire débute en 1867, à l’Exposition universelle de Paris lorsqu’un papetier pyrénéen, Aristide Bergès, rencontre un papetier isérois, Amable Matussière. Celui-ci utilise déjà l’énergie d’une chute d’eau à Domène pour faire tourner son usine de pâte à papier. Découvrant le potentiel hydraulique de la région, Aristide Bergès s’y installe et y crée sa propre usine, pour laquelle il inventera un système alliant les atouts des conduites forcées - pour donner de la puissance à l’eau - aux capacités de la dynamo, pour produire de l’électricité. Aristide Bergès vient d’inventer l’hydroélectricité, qu’il renommera lui-même plus tard « houille blanche ».

D’autres entrepreneurs grenoblois ne sont pas en reste, créant des entreprises en lien avec ces activités, hydrauliques d’un côté, électriques de l’autre. Casimir Brenier fonde l’ancêtre d’Alstom-Hydro (aujourd’hui leader mondial de l’hydroélectricité), tandis que Paul-Louis Merlin, associé à Gaston Gerin, monte une entreprise de matériel électrique (Merlin-Gerin, ancêtre de Schneider Electric)… Et tout ce petit monde ne va pas s'arrêter là.

Toujours avides de nouveaux procédés plus efficaces, ces entrepreneurs- inventeurs créent de véritables services de recherche et souhaitent miser sur les compétences locales. C’est ainsi que naîtra, en 1892, fruit de leur collaboration avec la municipalité, le premier cours d’électricité industrielle dispensée par l’université de Grenoble. Il sera suivi de la création de l’Institut électrotechnique de Grenoble, ancêtre de l’actuelle école d’ingénieurs Grenoble INP

Une coopération étroite de l’université, de la recherche, et de l’industrie, le tout avec le soutien des collectivités locales… Les bases du modèle du développement économique de Grenoble qui perdure de nos jours étaient posées.

Recherche et innovation : la locomotive

Un ADN qui ne fera que se confirmer dans les décennies suivantes, lorsque, après la seconde guerre mondiale, l’essor industriel s’accompagne du développement de l’université, cette dernière entraînant à son tour l’industrie vers de nouvelles activités :

Installation en 1955 du centre d’études nucléaires, futur CEA, sous l’impulsion de Louis Néel (physicien français, prix Nobel de physique en 1970), du laboratoire d’électronique et des technologies de l’information (Leti) en 1967, du Centre national d’étude des Télécoms en 1979 (futur Inria)…

Peu à peu, dans la seconde moitié du XXe siècle, les activités de recherche et de R&D (recherche et développement) se diversifient. La microélectronique et l’informatique s’épanouissent sur les terres grenobloises, la filière des semi-conducteurs s’installe, mais toujours perdure cette longue tradition de synergie entre la recherche et l’industrie, visant l’excellence.

« En venant à Grenoble, on ne cherchait pas à faire des économies, mais on voulait les meilleurs ingénieurs du monde », expliquait ainsi le fondateur de l’entreprise californienne Salesforce lors de l’implantation de son nouveau centre de R&D à Grenoble en 2014, concluant : « C’est là que j’ai trouvé le personnel le plus talentueux ».*

Cette excellence scientifique, cette capacité d’innovation, reste sans conteste la locomotive de l’économie locale et un atout majeur dans la compétition internationale. Ainsi, dans la métropole grenobloise, 1 habitant sur 5 travaille dans la recherche, l’innovation ou l’enseignement supérieur). 

* Cité dans l'ouvrage " Grenoble, le pari de la métropole", éditions PUG.