Actualité - mercredi 29 juin 2011
Le président de la communauté d'agglomération signe un texte évoquant les objectifs de la Métro et les moyens à mettre en œuvre pour préparer la ville de l'après-pétrole, dans le dernier numéro de l’hebdomadaire "Les Affiches".
Retrouvez ici l'intégralité du texte paru dans l'édition du 24 juin 2011 :
"Il ne s'agit plus d'attendre. Face au réchauffement climatique, à la hausse du prix des énergies, à la raréfaction programmée du pétrole et aux trop nombreuses inégalités sociales, économiques et géographiques que ces phénomènes entraînent, nous devons préparer nos villes au changement. Il nous faut, dès aujourd'hui, imaginer - et commencer à mettre en œuvre - les solutions pour adapter notre environnement urbain aux contraintes de demain, pour que la ville redevienne séduisante.
La ville post-carbone nous tend les bras, tombons-y avec enthousiasme. La Métro y est prête. En s'engageant le 9 juin aux côtés d'Eiffage sur un programme expérimental de recherche et développement pour la ville post-carbone, elle s'est résolument mise en marche vers ces nouveaux horizons.
A bien y regarder, la question n'est pas si nouvelle que cela pour notre agglomération. Depuis cinquante ans, la voiture a façonné notre environnement, organisant nos vies et nos espaces pour le meilleur, mais aussi pour le pire ; les pôles de travail se sont éparpillés aux quatre coins de l'agglomération, l'habitat s'est disséminé à ses confins tandis que les zones commerciales s'enracinaient et enflaient à sa périphérie. Hausse des prix du logement, mitage du territoire, embouteillages chroniques, ségrégation spatiale et sociale, pollution atmosphérique... L'air est bien connu...
Mais Grenoble et son agglomération ont déjà commencé à y répondre. Nous ne partons pas de rien. Qu'était-ce que le grand retour du tramway en 1987, sinon les premiers termes de cette réponse ? Les actions engagées depuis en découlent directement. Il en fut ainsi pour le choix d'une politique visant à réduire la place de la voiture et à augmenter la proportion de déplacements doux - ce à quoi nous sommes arrivés, les derniers résultats de l'enquête ménages-déplacements le montrent - ou pour la signature du premier Plan Climat d'agglomération en 2005. Il en va de même avec le travail mené aujourd'hui autour des trois polarités, dont l'objet est de refaire la ville sur la ville, ou la signature du « contrat d'axe », qui pourrait se résumer ainsi : qui dit nouveau tramway, dit nouveaux logements autour.
Que voulons-nous bâtir en marchant vers la ville post-carbone ? La ville des nouveaux espaces : la ville solidaire, celle du mieux-vivre ensemble, qui combat toutes les ségrégations, faisant une place à tous ; la ville nature, celle des espaces naturels accessibles, du mieux-respirer, des relations apaisées et harmonieuses avec les terres agricoles ; la ville innovante, enfin, qui encourage et accompagne l'innovation spatiale, sociale et technologique. Construire la ville post-carbone, c'est construire une cité à laquelle on redonne son rôle plein et entier, celui consistant à fournir emplois, logements, loisirs et relations sociales à ses habitants, dans un esprit de solidarité et d'égalité. Cela passe par une réflexion forte autour de la ville "des courtes distances", une agglomération réorganisée autour d'un format que l'on situera entre le quartier et le bourg, centre majeur de vie, d'échanges et de relations sociales de proximité. Travail, sport, culture, consommation... Cet espace doit être l'étalon de nos politiques. C'est à cette échelle désormais qu'il nous faut penser, pour nous aider à retrouver les bons côtés de la ville.
Le travail commun que nous allons mener avec le groupe Eiffage va nous y aider. Depuis cinq ans, le troisième groupe de français de BTP a développé une démarche originale et pionnière. Afin de réfléchir à l'avenir de ses métiers, la société s'est lancée dans une expérimentation inédite : un laboratoire de recherche en développement urbain durable, dont l'objectif est d'imaginer des solutions pour concevoir des villes « Haute qualité de vie».
L'idée principale de ce programme, baptisé Phosphore, repose sur des contraintes environnementales fortes, nécessitant un recours exclusif aux énergies renouvelables et une sobriété imposée de toutes les ressources : eau, air, énergies, déchets... Au cœur du projet, ce nouvel espace entre bourg et quartier. Une vie organisée autour de structures centrales, les «halles universelles », résurgences modernes des halles médiévales, lieux de rencontres regroupant les services publics, l'offre médicale, les équipements sportifs et culturels, les services et commerces de proximité. Des halles reliées entre elles par des réseaux contigus de déplacements regroupant transports en commun, pistes cyclables et voies piétonnes.
Ceci n'est qu'un aperçu. Phosphore, c'est aussi le concept de « rue nue », espace partagé à la signalétique évolutive, ce sont des véhicules propres, modulables, successivement transports de fret ou de passagers, ce sont des bâtiments à géométrie variable, pouvant accueillir indifféremment bureaux, logements, commerces, et capables de s'agrandir ou de se réduire à volonté en s'adaptant à des cellules familiales mouvantes, c'est la solidarité énergétique, qui prend en compte les insuffisances thermiques des anciens bâtiments rénovés pour organiser des échanges avec les constructions neuves plus performantes...
Ce programme, Eiffage l'a déjà mené à Marseille et à Strasbourg. Sur des quartiers seulement. Pour la première fois, la société va l'appliquer à l'échelle d'une agglomération tout entière, main dans la main avec les services de la Métro. Aménageurs, environnementalistes, architectes, sociologues, médecins... Pendant 18 mois, Eiffage va mobiliser une trentaine d'ingénieurs et d'experts en développement durable. Loin d'être des urbanistes hors sols, ces spécialistes sont des praticiens, des professionnels ayant les moyens et les ambitions de se projeter dans l'avenir. Travailler avec eux, c'est pratiquer le partage des intelligences, c'est entremêler la lecture du territoire de l'entreprise et celle de l'administration, c'est partager les compétences du privé et celles du public.
À la clé de ce travail, il y aura une vision prospective, composée de scénarios et de propositions livrés à la sagacité des élus communautaires. Car il faudra bien aller plus loin que cette simple projection pour se confronter au réel. Nous devrons alors rapidement mettre en application, sur une partie de notre territoire, les résultats qui nous seront soumis. Il ne s'agit plus d'attendre, mais d'agir."
Marc Baïetto, président de Grenoble-Alpes Métropole
Grenoble-Alpes Métropole - 3 rue Malakoff 38031 Grenoble cedex - 04 76 59 59 59 © 2009 Grenoble-Alpes Métropole - Communauté d'agglomération. Tous droits réservés.